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1884

A l'Opéra

Théodore BANVILLE

A l'Opéra, quand la Musique, Pour consoler tous nos exils, Jette en une extase physique Nos sens affinés et subtils ;

Tandis que la magique phrase Veut nous emporter, effarés, Jusqu'au paradis de l'extase A travers les cieux déchirés ;

Folle, et toujours contrariante, La Beauté, ce friand repas, Nous dit de sa bouche riante : Regardez-moi. N'écoutez pas.

La Chair de lys murmure en prose Je suis le vin et l'échanson ; Et la Lèvre couleur de rose Dit : C'est moi qui suis la chanson.

Amour, ce maraudeur équestre Envolé sur un cheval fou, Empêche d'entendre l'orchestre Et montre les blancheurs d'un cou ;

Et ce Paris qui toujours cède, Tandis que chante Escalaïs, Admire tout ce que possède Agnès, et tout ce qu'a Laïs.

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