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1884

A l'Hiver

Théodore BANVILLE

Hiver bizarre, hiver tiède, Par un vent chaud souffleté, Faux printemps de Samoyède, Es-tu l'hiver, ou l'été ?

Voyons, faut-il qu'on s'habille De mousseline, ou de vair ? Parle. Explique-toi. Babille. Je veux bien. Es-tu l'hiver ?

Bon. Alors, fournis la glace Où, sous leurs riants satins, Les princesses que Worth lace Courront avec des patins !

Apporte la blanche neige Où, sous le ciel éclairci, Défilera le cortège Des dames, blanches aussi !

Donne un sérieux indice. Te plaît-il d'être l'été ? Que la Seine resplendisse Comme le Guadalété !

Dans les clairières ouvertes, Donne aux arbres les frissons Des tremblantes feuilles vertes, Et qu'ils soient pleins de chansons !

Apporte des tas de roses, Et que Lise au front charmant Dans les forêts grandioses Folâtre avec son amant !

Déballe ta marchandise. Mais jusqu'à présent, mon cher, Il faut que je te le dise, Tu n'es ni poisson, ni chair.

J'ignore si Turlurette Doit prendre son éventail Ou garder sa chaufferette. Un hiver épouvantail,

Un hiver cruel, absurde, A la fois borgne et manchot, Un hiver chinois ou kurde, Soufflant le froid et le chaud,

Avec un vent qui nous fouette Ainsi que des Esclavons Ou comme une girouette, Voilà ce que nous avons !

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