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1856

A Jules de Prémaray

Théodore BANVILLE

Lecteur, prompt à nous consoler, Toi qui sais encore voler, Comme l'abeille, au miel attique, Ton enthousiaste rumeur

Encourage le doux rimeur, O voix émue et sympathique ! O mon ami, c'est déjà vieux ! Depuis dix ans, les envieux,

Acharnés sur la même lime, Ensanglantent leurs yeux ardents, Et viennent se briser les dents Contre l'acier pur de ma rime.

O Poésie ! ange fatal ! Des fous marchent d'un pied brutal A travers tes Édens splendides, Comme, aux approches de la nuit,

Par les déserts de fleurs s'enfuit Le troupeau des buffles stupides. Mais croissez, pervenches et thym ! Comme ces lueurs du matin

Qu'enveloppent en vain des voiles, O symboles de mes amours ! C'est vous seuls qui vivrez toujours, Printemps, lauriers, chansons, étoiles !

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