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1884

A jeun

Théodore BANVILLE

Tandis qu'avec ses éclairs bleus, Hier, au bal de l'Élysée, La féerie au vol fabuleux Était partout réalisée ;

Tandis que des flots ralliés De Sémiramis et d'Omphales Montaient les vastes escaliers, Traînant leurs robes triomphales ;

Tandis que des habits divers Se mêlaient, ainsi que les claques, A des uniformes, couverts De rubans moirés et de plaques ;

Je vis un jeune homme à l'œil bleu, Triste, d'une pâleur extrême ; Et même, il semblait avoir peu Dîné, comme un simple bohème.

Moi, saisi d'un trouble secret, Je le plaignais. Monsieur, lui dis-je, Vous faiblissez. On vous croirait Terrassé par quelque prodige.

Lui cependant, très abattu, Mais révolté, comme un esclave, Regardait un ange, vêtu De rose, oh ! d'un rose suave !

Ayant faim sans doute à pleurer, Dans une fringale extatique, Il semblait vouloir dévorer Cette personne poétique.

Monsieur, repris-je à mi-voix, si Votre vigueur est presque morte, Un riche buffet, près d'ici, Offre tout ce qui réconforte.

Certain vin, de Chypre venu, Vous y rendra l'âme éclaircie. — Souper ? murmura l'inconnu, Ma foi ! non, je vous remercie.

Les buffets seraient superflus, Malgré leur luxe grandiose. J'ai faim, mais je n'y pense plus : Je regarde la dame en rose !

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