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1856

A Arsène Houssaye

Théodore BANVILLE

Grâce aux Dalilas, Nos rimeurs sont las De gloire, Et, comme un hochet,

Ont jeté l'archet D'ivoire ! Au rhythme ailé d'or Il fallait encor

Un maître Fou de volupté, Alors j'ai dompté Le Mètre !

J'ai repris mon luth, Et, suivant le but Féerique, Je m'en vais cherchant

Le secret du chant Lyrique. Œil épanoui, Je peins ébloui

Ou triste, Le ciel radieux, Et, mélodieux Artiste,

Près du fleuve grec Murmurant avec Les cygnes Fiers de leur candeur,

Je dis la splendeur Des lignes. Mon vin triomphant, Sais-tu quelle enfant

Le verse ? Viens, et tu verras, Poëte, quel bras Me berce !

O chasseur altier, Qui fuis le sentier Profane, Songeur qu'autrefois

Rencontrait au bois Diane ! Comme toi, qui vins Si jeune aux divins

Rivages, Ami, j'ai toujours Voulu des amours Sauvages.

Ah ! quand Mai sourit Aux prés où fleurit La menthe, Trouveurs de loisir,

Sachons y choisir L'amante ! Nymphe au regard bleu, Si sa lèvre en feu

Caresse Nos fronts sans témoins, Qu'elle soit au moins Déesse !

Toi, pâle et rêvant, Au bois que le vent Assiège, Tu suis à dessein

La guerrière au sein De neige ! Moi, parmi nos jeux, Mon plus orageux

Délire Toujours s'en revient Vers celle qui tient La lyre !

Sans doute elle a pris La foule en mépris, Et porte Un peu trop souvent

Sa crinière au vent. Qu'importe ! J'aime sa pâleur, Et sa bouche en fleur

Est saine ! Son sang et sa chair Les voilà, mon cher Arsène.

O sens embrasés ! Maîtresse aux baisers Savante ! Tendre et chère voix,

Ici tu la vois Vivante. Dos flexible et nu ! Sourire ingénu

Qui m'aime ! L'or de ses cheveux M'enivre, et je veux, De même,

Dans mon sang qui bout Gardant jusqu'au bout Ma fièvre Tout comme à présent,

Mourir en baisant Sa lèvre !

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