Si la main des rois et des prêtres Ébranla le monde en tout temps, Et si nos coupables ancêtres Ont eu de coupables enfants,
O triste muse de l'histoire, Ne grave plus à la mémoire Ce qui doit périr à jamais ! Tu n'as vu qu'horreur et délire.
Les annales de chaque empire Sont les archives des forfaits. La Fable est encor plus funeste ; Ses mensonges sont plus cruels.
Tantale, Atrée, Égisthe, Oreste, N'épouvantez plus les mortels. Que je hais le divin Achille, Sa colère en malheurs fertile,
Et tous ces ridicules dieux Que vers le ruisseau du Scamandre Du haut du ciel on fait descendre Pour inspirer un furieux !
Josué, je hais davantage Tes sacrifices inhumains. Quoi ! trente rois dans un village Pendus par tes dévotes mains !
Quoi ! ni le sexe, ni l'enfance, De ton exécrable démence N'ont pu désarmer la fureur ! Quoi ! pour contempler ta conquête,
A ta voix le soleil s'arrête ! Il devait reculer d'horreur. Mais de ta horde vagabonde Détournons mes yeux éperdus.
O Rome ! ô maîtresse du monde ! Verrai-je en toi quelques vertus ? Ce n'est pas sous l'infâme Octave ; Ce n'est pas lorsque Rome esclave
Succombait avec l'univers, Ou quand le Sixième Alexandre Donnait dans l'Italie en cendre Des indulgences et des fers.
L'innocence n'a plus d'asile : Le sang coule à mes yeux surpris, Depuis les vêpres de Sicile Jusqu'aux matines de Paris.
Est-il un peuple sur la terre Qui dans la paix ou dans la guerre Ait jamais vu des jours heureux ? Nous pleurons ainsi que nos pères,
Et nous transmettons nos misères A nos déplorables neveux. C'est ainsi que mon humeur sombre Exhalait ses tristes accents ;
La nuit, me couvrant de son ombre, Avait appesanti mes sens : Tout à coup un trait de lumière Ouvrit ma débile paupière,
Qui cherchait en vain le repos ; Et, des demeures éternelles, Un génie étendant ses ailes Daigna me parler en ces mots :
« Contemple la brillante aurore Qui t'annonce enfin les beaux jours : Un nouveau monde est près d'éclore ; Até disparaît pour toujours.
Vois l'auguste Philosophie, Chez toi si longtemps poursuivie, Dicter ses triomphantes lois. La Vérité vient avec elle
Ouvrir la carrière immortelle Où devaient marcher tous les rois. Les cris affreux du fanatique N'épouvantent plus la raison ;
L'insidieuse Politique N'a plus ni masque ni poison. La douce, l'équitable Astrée S'assied, de grâces entourée,
Entre le trône et les autels ; Et sa fille, la Bienfaisance, Vient de sa corne d'abondance Enrichir les faibles mortels. »
Je lui dis : « Ange tutélaire, Quels dieux répandent ces bienfaits ? 3/4 C'est un seul homme. » Et le vulgaire Méconnaît les biens qu'il a faits !
Le peuple, en son erreur grossière, Ferme les yeux à la lumière, Il n'en peut supporter l'éclat. Ne recherchons point ses suffrages :
Quand il souffre, il s'en prend aux sages ; Est-il heureux, il est ingrat. On prétend que l'humaine race, Sortant des mains du Créateur,
Osa, dans son absurde audace, S'élever contre son auteur. Sa clameur fut si téméraire Qu'à la fin Dieu, dans sa colère,
Se repentit de ses bienfaits. O vous que l'on voit de Dieu même Imiter la bonté suprême, Ne vous en repentez jamais !
Cookies on Poetry Cove