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1706

ÉPÎTRE XLIII

François-Marie AROUET

C'est ici que l'on dort sans lit, Et qu'on prend ses repas par terre ; Je vois et j'entends l'atmosphère Qui s'embrase et qui retentit

De cent décharges de tonnerre ; Et dans ces horreurs de la guerre Le français chante, boit, et rit. Bellone va réduire en cendres

Les courtines de Philisbourg, Par cinquante mille Alexandres Payés à quatre sous par jour : Je les vois, prodiguant leur vie,

Chercher ces combats meurtriers, Couverts de fange et de lauriers, Et pleins d'honneur et de folie. Je vois briller au milieu d'eux

Ce fantôme nommé la gloire, À l'œil superbe, au front poudreux, Portant au cou cravate noire, Ayant sa trompette en sa main,

Sonnant la charge et la victoire, Et chantant quelques airs à boire, Dont ils répètent le refrain. Ô nation brillante et vaine !

Illustres fous, peuple charmant, Que la gloire à son char enchaîne, Il est beau d'affronter gaîment Le trépas et le prince Eugène.

Mais, hélas ! Quel sera le prix De vos héroïques prouesses ! Vous serez cocus dans Paris Par vos femmes et vos maîtresses.

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