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1706

ÉPÎTRE XLII

François-Marie AROUET

Un prêtre, un oui, trois mots latins, À jamais fixent vos destins ; Et le célébrant d'un village, Dans la chapelle de Montjeu,

Très-chrétiennement vous engage À coucher avec Richelieu, Avec Richelieu, ce volage, Qui va jurer par ce saint nœud

D'être toujours fidèle et sage. Nous nous en défions un peu ; Et vos grands yeux noirs, pleins de feu, Nous rassurent bien davantage

Que les serments qu'il fait à Dieu. Mais vous, madame la duchesse, Quand vous reviendrez à Paris, Songez-vous combien de maris

Viendront se plaindre à votre altesse ? Ces nombreux cocus qu'il a faits Ont mis en vous leur espérance ; Ils diront, voyant vos attraits :

« Dieux ! Quel plaisir que la vengeance ! » Vous sentez bien qu'ils ont raison, Et qu'il faut punir le coupable : L'heureuse loi du talion

Est des lois la plus équitable. Quoi ! Votre cœur n'est point rendu ? Votre sévérité me gronde ! Ah ! Quelle espèce de vertu

Qui fait enrager tout le monde ! Faut-il donc que de vos appas Richelieu soit l'unique maître ? Est-il dit qu'il ne sera pas

Ce qu'il a tant mérité d'être ? Soyez donc sage, s'il le faut ; Que ce soit là votre chimère : Avec tous les talents de plaire,

Il faut bien avoir un défaut. Dans cet emploi noble et pénible De garder ce qu'on nomme honneur, Je vous souhaite un vrai bonheur :

Mais voilà la chose impossible.

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