Skip to content
1706

ÉPÎTRE LXXV

François-Marie AROUET

Je goûtais dans ma nuit profonde Les froides douceurs du repos, Et m'occupais peu des héros Qui troublent le repos du monde ;

Mais dans nos champs élysiens Je vois une troupe en colère De fiers bretons, d'autrichiens, Qui vous maudit et vous révère ;

Je vois des français éventés, Qui tous se flattent de vous plaire, Et qui sont encore entêtés De leurs plaisirs et de leur gloire,

Car ils sont morts à vos côtés Entre les bras de la victoire. Enfin dans ces lieux tout m'apprend Que celui que je vis à table

Gai, doux, facile, complaisant, Et des humains le plus aimable, Devient aujourd'hui le plus grand. J'allais vous faire un compliment ;

Mais, parmi les choses étranges Qu'on dit à la cour de Pluton, On prétend que ce fier saxon S'enfuit au seul bruit des louanges,

Comme l'anglais fuit à son nom. Lisez seulement mes folies, Mes vers, qui n'ont loué jamais Que les trop dangereux attraits

Du dieu du vin et des sylvies : Ces sujets ont toujours tenté Les héros de l'antiquité Comme ceux du siècle où nous sommes :

Pour qui sera la volupté, S'il en faut priver les grands hommes ?

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.