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1706

ÉPÎTRE LXX

François-Marie AROUET

Lorsque deux rois s'entendent bien, Que chacun d'eux défend son bien, Et du bien d'autrui fait ripaille ; Quand un des deux, roi très-chrétien,

L'autre, qui l'est vaille que vaille, Prennent des murs, gagnent bataille, Et font sur le bord stygien Voler des pandours la canaille ;

Quand Berlin rit avec Versaille Aux dépens de l'hanovrien, Que dit monsieur l'autrichien ? Tout honteux, il faut qu'il s'en aille

Loin du monarque prussien, Qui le bat, le suit, et s'en raille. Cela pourra gâter la taille De ce gros Monsieur Bartenstein,

Et rabaisser ce ton hautain Qui toujours contre vous criaille. C'est en vain que l'anglais travaille À combattre votre destin,

Vous aurez l'huître, et lui l'écaille ; Vous aurez le fruit et le grain, Et lui l'écorce avec la paille. Le saxon voit que c'est en vain

Qu'un petit moment il ferraille ; Contre un aussi mauvais voisin Que peut-il faire ? Rien qui vaille. Vous seriez empereur romain,

Et du pape première ouaille, Si vous en aviez le dessein ; Mais votre pouvoir souverain Subsistera, pour le certain,

Sans cette belle pretintaille. Soyez l'arbitre du germain, Soyez toujours vainqueur humain, Et laissez là la rime en aille.

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