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1706

ÉPÎTRE LXIII

François-Marie AROUET

Lorsque, pour tenir la balance, L'anglais vide son coffre-fort ; Lorsque l'espagnol sans puissance Croit partout être le plus fort ;

Quand le français vif et volage Fait au plus vite un empereur ; Quand Belle-Isle n'est pas sans peur Pour l'ouvrier et pour l'ouvrage ;

Quand le batave un peu tardif, Rempli d'égards et de scrupule, Avance un pas et deux recule Pour se joindre à l'anglais actif ;

Quand le bonhomme de saint-père Du haut de sa sainte Sion Donne sa bénédiction À plus d'une armée étrangère,

Que fait mon héros à Berlin ? Il réfléchit sur la folie Des conducteurs du genre humain ; Il donne des lois au destin,

Et carrière à son grand génie ; Il fait des vers gais et plaisants ; Il rit en donnant des batailles ; On commence à craindre à Versailles

De le voir rire à nos dépens.

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