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1913

[no title]

Guillaume APOLLINAIRE

Un soir de demi-brume à Londres Un voyou qui ressemblait à Mon amour vint à ma rencontre Et le regard qu'il me jeta

Me fit baisser les yeux de honte Je suivis ce mauvais garçon Qui sifflotait mains dans les poches Nous semblions entre les maisons

Onde ouverte de la Mer Rouge Lui les Hébreux moi Pharaon Que tombent ces vagues de briques Si tu ne fus pas bien aimée

Je suis le souverain d'Égypte Sa sœur-épouse son armée Si tu n'es pas l'amour unique Au tournant d'une rue brûlant

De tous les feux de ses façades Plaies du brouillard sanguinolent Où se lamentaient les façades Une femme lui ressemblant

C'était son regard d'inhumaine La cicatrice à son cou nu Sortit saoule d'une taverne Au moment où je reconnus

La fausseté de l'amour même Lorsqu'il fut de retour enfin Dans sa patrie le sage Ulysse Son vieux chien de lui se souvint

Près d'un tapis de haute lisse Sa femme attendait qu'il revînt L'époux royal de Sacontale Las de vaincre se réjouit

Quand il la retrouva plus pâle D'attente et d'amour yeux pâlis Caressant sa gazelle mâle J'ai pensé à ces rois heureux

Lorsque le faux amour et celle Dont je suis encore amoureux Heurtant leurs ombres infidèles Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l'enfer se fonde Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes vœux Pour son baiser les rois du monde Seraient morts les pauvres fameux

Pour elle eussent vendu leur ombre J'ai hiverné dans mon passé Revienne le soleil de Pâques Pour chauffer un cœur plus glacé

Que les quarante de Sébaste Moins que ma vie martyrisés Mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué

Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué De la belle aube au triste soir Adieu faux amour confondu

Avec la femme qui s'éloigne Avec celle que j'ai perdue L'année dernière en Allemagne Et que je ne reverrai plus

Voie lactée ô sœur lumineuse Des blancs ruisseaux de Chanaan Et des corps blancs des amoureuses Nageurs morts suivrons-nous d'ahan

Ton cours vers d'autres nébuleuses Je me souviens d'une autre année C'était l'aube d'un jour d'avril J'ai chanté ma joie bien-aimée

Chanté l'amour à voix virile Au moment d'amour de l'année Un soir de demi-brume à Londres Un voyou qui ressemblait à

Mon amour vint à ma rencontre Et le regard qu'il me jeta Me fit baisser les yeux de honte Je suivis ce mauvais garçon

Qui sifflotait mains dans les poches Nous semblions entre les maisons Onde ouverte de la Mer Rouge Lui les Hébreux moi Pharaon

Que tombent ces vagues de briques Si tu ne fus pas bien aimée Je suis le souverain d'Égypte Sa sœur-épouse son armée

Si tu n'es pas l'amour unique Au tournant d'une rue brûlant De tous les feux de ses façades Plaies du brouillard sanguinolent

Où se lamentaient les façades Une femme lui ressemblant C'était son regard d'inhumaine La cicatrice à son cou nu

Sortit saoule d'une taverne Au moment où je reconnus La fausseté de l'amour même Lorsqu'il fut de retour enfin

Dans sa patrie le sage Ulysse Son vieux chien de lui se souvint Près d'un tapis de haute lisse Sa femme attendait qu'il revînt

L'époux royal de Sacontale Las de vaincre se réjouit Quand il la retrouva plus pâle D'attente et d'amour yeux pâlis

Caressant sa gazelle mâle J'ai pensé à ces rois heureux Lorsque le faux amour et celle Dont je suis encore amoureux

Heurtant leurs ombres infidèles Me rendirent si malheureux Regrets sur quoi l'enfer se fonde Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes vœux

Pour son baiser les rois du monde Seraient morts les pauvres fameux Pour elle eussent vendu leur ombre J'ai hiverné dans mon passé

Revienne le soleil de Pâques Pour chauffer un cœur plus glacé Que les quarante de Sébaste Moins que ma vie martyrisés

Mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire Avons-nous assez divagué

De la belle aube au triste soir Adieu faux amour confondu Avec la femme qui s'éloigne Avec celle que j'ai perdue

L'année dernière en Allemagne Et que je ne reverrai plus Voie lactée ô sœur lumineuse Des blancs ruisseaux de Chanaan

Et des corps blancs des amoureuses Nageurs morts suivrons-nous d'ahan Ton cours vers d'autres nébuleuses Je me souviens d'une autre année

C'était l'aube d'un jour d'avril J'ai chanté ma joie bien-aimée Chanté l'amour à voix virile Au moment d'amour de l'année

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