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1913

[no title]

Guillaume APOLLINAIRE

Je flambe dans le brasier à l'ardeur adorableJe flambe dans le brasier à l'ardeur adorable Et les mains des croyants m'y rejettent multiple innombrablementEt les mains des croyants m'y rejettent multiple innombrablement Les membres des intercis flambent auprès de moiLes membres des intercis flambent auprès de moi Éloignez du brasier les ossementsÉloignez du brasier les ossements

Je suffis pour l'éternité à entretenir le feu de mes délicesJe suffis pour l'éternité à entretenir le feu de mes délices Et des oiseaux protègent de leurs ailes ma face et le soleilEt des oiseaux protègent de leurs ailes ma face et le soleil Ô Mémoire Combien de races qui forlignentÔ Mémoire Combien de races qui forlignent Des Tyndarides aux vipères ardentes de mon bonheurDes Tyndarides aux vipères ardentes de mon bonheur

Et les serpents ne sont-ils que les cous des cygnesEt les serpents ne sont-ils que les cous des cygnes Qui étaient immortels et n'étaient pas chanteursQui étaient immortels et n'étaient pas chanteurs Voici ma vie renouveléeVoici ma vie renouvelée De grands vaisseaux passent et repassentDe grands vaisseaux passent et repassent

Je trempe une fois encore mes mains dans l'OcéanJe trempe une fois encore mes mains dans l'Océan Voici le paquebot et ma vie renouveléeVoici le paquebot et ma vie renouvelée Ses flammes sont immensesSes flammes sont immenses Il n'y a plus rien de commun entre moiIl n'y a plus rien de commun entre moi

Et ceux qui craignent les brûluresEt ceux qui craignent les brûlures Descendant des hauteurs où pense la lumièreDescendant des hauteurs où pense la lumière Jardins rouant plus haut que tous les ciels mobilesJardins rouant plus haut que tous les ciels mobiles L'avenir masqué flambe en traversant les cieuxL'avenir masqué flambe en traversant les cieux

Nous attendons ton bon plaisir ô mon amieNous attendons ton bon plaisir ô mon amie J'ose à peine regarder la divine mascaradeJ'ose à peine regarder la divine mascarade Quand bleuira sur l'horizon la DésiradeQuand bleuira sur l'horizon la Désirade Au-delà de notre atmosphère s'élève un théâtreAu-delà de notre atmosphère s'élève un théâtre

Que construisit le ver Zamir sans instrumentQue construisit le ver Zamir sans instrument Puis le soleil revint ensoleiller les placesPuis le soleil revint ensoleiller les places D'une ville marine apparue contremontD'une ville marine apparue contremont Sur les toits se reposaient les colombes bassesSur les toits se reposaient les colombes basses

Et le troupeau de sphinx regagne la sphingerieEt le troupeau de sphinx regagne la sphingerie A petits pas Il orra le chant du pâtre toute la vieA petits pas Il orra le chant du pâtre toute la vie Là-haut le théâtre est bâti avec le feu solideLà-haut le théâtre est bâti avec le feu solide Comme les astres dont se nourrit le videComme les astres dont se nourrit le vide

Et voici le spectacleEt voici le spectacle Et pour toujours je suis assis dans un fauteuilEt pour toujours je suis assis dans un fauteuil Ma tête mes genoux mes coudes vain pentacleMa tête mes genoux mes coudes vain pentacle Les flammes ont poussé sur moi comme des feuillesLes flammes ont poussé sur moi comme des feuilles

Des acteurs inhumains claires bêtes nouvellesDes acteurs inhumains claires bêtes nouvelles Donnent des ordres aux hommes apprivoisésDonnent des ordres aux hommes apprivoisés TerreTerre Ô Déchirée que les fleuves ont repriséeÔ Déchirée que les fleuves ont reprisée

J'aimerais mieux nuit et jour dans les sphingeriesJ'aimerais mieux nuit et jour dans les sphingeries Vouloir savoir pour qu'enfin on m'y dévorâtVouloir savoir pour qu'enfin on m'y dévorât

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