II.
Ainsi l'artiste, avant que sa haute pensée
(En son essor sublime et vainqueur élancée,
Comme un astre qui monte à l'horizon,) n'ait lui
Et n'ait, du fond des cieux où va planant son aile,
Fait éclater sur nous sa splendeur solennelle,
Son oeuvre est faite en lui.
O! mais qui nous dira ses luttes et ses veilles,
Et ses songes divins tout remplis de merveilles?
Les blanches visions qu'il voit passer en choeur,
Et quelle voix lui parle en ses nuits solitaires,
Quand son sang plus vivant soulève ses artères
Et lui brûle le coeur?
C'est toi! c'est toi, poète à l'ardente paupière,
Qui pétris de tes mains et le bronze et la pierre,
Qui dresses des tombeaux plus saints que des autels,
Qui nous fais des géans de nains comme nous sommes,
Et fais jaillir des flancs du granit nos grands hommes
Doublement immortels;
Qui coules en airain ta pensée, et qui tailles
En marbre les soldats blanchis dans les batailles,
Ceux qui régnent d'en haut sur notre humanité,
Ceux dont l'ame au soleil du Seigneur s'est mûrie,
Et les morts glorieux tombés pour la patrie
Et pour la liberté.
Car tu vas dépassant de la tête la foule,
Semant des fleurs de l'art le sol que ton pied foule.
Aussi de jour en jour grandira ton renom;
Et la gloire, qui lie, avec sa chaîne immense,
Au siècle qui finit le siècle qui commence,
Proclamera ton nom.
Octobre 1833.