I
Ainsi, prêt à jeter au moule sa Genèse,
Quand Dieu, du chaos noir, remuait la fournaise
En ébullition,
L'univers était fait dans sa tête suprême;
L'écho de l'avenir y chantait le poème
De la création.
Puis, comme un ouvrier qui mesure et contemple
D'un regard satisfait les colonnes du temple
Dont il tailla le fût,
Le Seigneur éleva sa voix retentissante,
Et dit, sur le néant ouvrant sa main puissante:
‘Que tout soit!’ - Et tout fut.
Et tout fut. Il lança dans l'espace le monde.
Du soleil, sous son doigt, la lumière féconde
Au ciel s'épanouit.
Et, du firmament bleu tendant l'immense toile,
Comme des joyaux d'or il broda chaque étoile
Au bandeau de la nuit.
Il maçonna les monts, les mamelles du globe;
Attacha des forêts la verdoyante robe
Aux reins du corps géant.
Des fleuves sur son sein il traça les artères,
Et pour ceinture autour de ses flancs solitaires
Il noua l'Océan.
Il ouvrit au lion le désert et la plaine;
Dans les mers, que le vent creuse avec son haleine,
Jeta Léviathan;
Lâcha dans l'infini l'aigle au puissant plumage,
Et, pour dernier travail, fit l'homme à son image,
Et dit: ‘Je suis content!’