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1870

AUTRES ADIEUX

Ernest AMELINE

Il est né là-bas sous la pierre, Notre petit chat si charmant ; Minette est le nom de sa mère, Mimi le nom du jeune enfant.

Mais on ne sait qui fut son père, Pourquoi nous en inquiéter ? Tous les orphelins sur la terre Trouvent un toit pour s’abriter.

Pourtant sa grâce et ses gambades Montrent bien qu’en temps d’escapades, De son matou faisant son deuil, Sa mère quitta ces rivages

Pour suivre au fond des verts bocages Un trop séduisant écureuil. Un jour qu’une meute ennemie Bondissait par notre vallon,

Il vint, nous demandant la vie, Se blottir sous notre balcon. Puis bientôt, par sa gentillesse, Et ses rons-rons si langoureux,

Il prit toute notre tendresse, Et nous rendit des jours heureux. Sans cesse à nos côtés à table, Se comportant civilement,

Il est un compagnon aimable, Et jamais il n’est trop gourmand. Sa queue en spirale dressée Déroule ses brillants anneaux,

Sa patte habilement lancée Demande les meilleurs morceaux ; Mais c’est d’une façon si tendre, Avec un œil si caressant,

Que nous ne pouvons nous défendre De lui répondre en l’embrassant. Car dans la profonde misère Qui nous force tous à jeûner,

Nous n’avons, ô douleur amère ! Que peu de chose à lui donner. Allons ! il faut payer ta dette A notre sort te résigner,

Très-souvent observer la diète, Et ne jamais égratigner. Prêtant l’oreille à ce langage, Trompant sa faim par ses ébats,

Mordillant sur tout avec rage, D’un os faisant un bon repas, Elle semble, la pauvre bête ! Nous inviter tous à ses jeux,

En nous provoquant de la tête, Puis en nous faisant les doux yeux… Mimi, toi qui sus nous distraire Dans notre chalet solitaire

Souvent battu par les autans, Alors que la France opprimée, Sans chefs, sans pouvoir, sans armée, D’un mot levait tous ses enfants,

Accours, qu’une douce caresse Nous donne encor un peu d’ivresse Quand sonne l’heure des adieux, Et que ta joyeuse innocence

Éloigne de toi la souffrance ! Va, cher trésor, va, sois heureux !

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