Skip to content
1870

A MON AMIE

Ernest AMELINE

Je n’étais encor qu’un enfant, Et sous les regards de sa mère Je l’embrassait tout triomphant En nous roulant dans la bruyère.

Nos cœurs se parlaient sans détour, Pour femme je l’avais choisie… Et je lui disais chaque jour : Oh ! viens jouer, ma belle amie !

Mais quand, tout fier de mes vingt ans, Amour, tu fondis sur mon âme, Et qu’à travers des mots tremblants De mon cœur jaillissait la flamme,

Souvent, le soir je l’entraînais Dans le bocage ou la prairie ; Mes yeux dans ses yeux, je disais : Oh ! viens rêver, ma tendre amie !

Plus tard, battu par tous les vents, Je luttais contre la tempête, Sans amis, sans toit, sans parents ! Vous aviez fui, beaux jours de fête !

De désespoir j’allais périr… Sur moi s’étend sa main bénie… Je murmure dans un soupir : Oh ! viens pleurer, ma pauvre amie !

Voici que j’ai quatre-vingt ans ! Je n’entends plus… j’y voi à peine, Et sens à mes pas chancelants Que la mort va briser ma chaîne.

Mais quand s’éteindra le flambeau, Guide de ma trop longue vie, Rappelle-toi !… sur mon tombeau, Oh ! viens prier, ma vieille amie !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
A MON AMIE · Ernest AMELINE · Poetry Cove