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1867

SOUVENIR DU 11 JANVIER 1866

Jean AICARD

Oh ! le monde est à moi, puisque enfin quelqu’un m’aime. Figurez-vous ! un soir, plein d’un ennui suprême, Seul, mais seul malgré moi, malheureux d’être seul, Désespéré, songeant avec joie au linceul,

Songeant avec frayeur, peut-être avec envie ! Qu’il est des jeunes gens qui se dorent la vie, Et qu’on peut acheter le rire et le plaisir, Sans amour, fou d’amour, harassé de souffrir,

Doutant de tout, j’allais tomber dans un abîme ! Morne, je descendais la montagne sublime Des résignations et des virginités ; Mes ténèbres déjà n’avaient plus de clartés…

Une main, douce, prit la mienne par derrière. Je tremblai. J’entrevis une vague lumière. Une voix murmura : « Frère, je suis ta sœur ! » Et mon ciel éclairci s’étoila de bonheur.

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