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1867

SAUTS PÉRILLEUX

Jean AICARD

C’était un saltimbanque leste ! Sa vie était un carnaval ; Son costume d’un bleu céleste Scintillait d’astres en métal.

Il avait le poing sur la hanche. Sa Colombine, verte et blanche, L’admirait d’un air orgueilleux ; Mais sa paupière était baissée,

Et l’on eût dit qu’une pensée Germait en larmes dans ses yeux ! Jamais, dans les plus grandes fêtes, Bouffon ne s’éleva si haut ;

Il faisait se dresser les têtes Vers le ciel, à son moindre saut ! Sur sa joue amaigrie et blême, Sous son rire blafard qu’on aime,

Sauvage, perçait la douleur ; Il contenait dans sa poitrine Toute une tristesse divine : Il souffrait, lui, le bateleur !

Allons ! le spectateur trépigne ! Allons ! gai pantin, en avant ! Et si tu veux manger, sois digne De ton voisin le chien savant !

Ah ! si l’on connaissait les causes ! Si l’on pouvait de toutes choses Voir le fond à travers la nuit ! Savons-nous où plane ton âme ?

Sur ces tremplins où l’on t’acclame, Savons-nous ce qui t’a conduit ? Bah ! qu’importe à la multitude ? Fais-la rire, même en pleurant ;

Dans une grotesque attitude, C’est drôle un visage navrant ! Il vient, il bondit, il s’enlève ! Sa douleur, à lui, n’est qu’un rêve !

Plus que jamais leste et hardi, Du haut de sa corde tendue Feignant une chute éperdue, Le saltimbanque est applaudi !

Comme il roule à travers l’espace ! Comme il est gracieux et fort !… Mais tout à coup la corde casse, Et l’on relève un homme mort.

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