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1866

LE RACHAT

Jean AICARD

Ô Maître, vous avez peint les époques sombres ; Vous avez évoqué ces solennelles ombres, Les Xaintrailles et les Dunois, Et le réveil soudain de la France opprimée ;

Alors, grands et petits, foule enthousiasmée, Frémissaient, comme votre voix. Non ! tout n’est pas si mort en nos frêles poitrines, Que rien n’y batte plus ; — sur les tristes ruines

Naissent des arbustes souvent ; L’incendie est éteint ; le feu vit sous la cendre ; Formidable, il surgit, lorsque Dieu fait descendre Du haut du ciel un coup de vent !

Or ce vent a soufflé de votre âme profonde ; Votre fécond labeur rajeunit un vieux monde ! Pour vaincre les efforts du temps, Sans armes, vous avez levé votre bannière :

Du bûcher noir jaillit une blanche lumière ; Un jour refait quatre cents ans. Et maintenant, esprits qu’illumine l’Histoire Nous n’avons pas le droit d’oublier cette gloire,

Indifférents à tant d’amour ; Chacun doit expier la faute universelle ; Pacifiques soldats de l’Idée immortelle, À la France rendons sa Tour !

Domremy jette un cri grand de reconnaissance ; La pensée, aigle altier, de l’humble bourg s’élance, Comme autrefois l’ange sauveur, Et Rouen l’applaudit ; puis ma ville natale ;

Reçois donc, ô Toulon, la strophe filiale Que mon cœur dédie à ton cœur ! Les Tisseurs de Lyon brodent une oriflamme ; Travaillons tous, allons ! femmes, pour une femme !

Jeunesse, pour la liberté ! Debout ! Donnons avec nos cœurs notre parole ; Tressons pour la martyre une blanche auréole Éclatante de vérité !

Un jour, — quand régnera la Paix sainte et propice, Nous serons acclamés les fils de la justice, Acclamés d’une seule voix ! Car les Peuples voudront abdiquer leurs misères

Devant tous les Sauveurs saignants sur les calvaires, Sur les bûchers et sur les croix !

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