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1867

LE LONG DE LA RIVIÈRE

Jean AICARD

Le Gapeau chantait une chanson folle De joie et d’amours ; Son onde tordait sur l’arène molle Mille et un détours ;

Et moi j’allais, triste, avec l’âme pleine De papillons noirs ; J’avais promené du val à la plaine De vieux désespoirs.

Je songeais à tout ce qui fait de l’ombre : À la nuit, au sort ; Je ne voyais plus que du côté sombre La vie et la mort ;

Et, trouvant enfin ennuyeux de vivre Comme de mourir, Regardant le monde ainsi qu’un vieux livre Qu’on est las d’ouvrir,

Tout me semblait laid, l’ortie et la rose, L’astre et le flambeau… Soudain je vous vis : ô métamorphose ! Tout redevint beau.

Vous étiez ensemble une fleur qui brille, Un souffle embaumé ; J’étais une autre âme, ô ma jeune fille, Car j’avais aimé !

Votre pied suivait sur l’arène molle Mille et un détours, Et moi j’entonnais une chanson folle De joie et d’amours !

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