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1867

L’ANGE ET L’ENFANT

Jean AICARD

Il lui disait : « Je suis ton frère ; Ne te souvient-il plus des cieux ? Leur doux reflet brille en tes yeux : Tu n’es pas l’enfant de la terre ! »

Et l’ange souriait et lui tendait les bras ; L’enfant semblait dormir et ne répondait pas. « Déjà les portes éternelles, Enfant, sont ouvertes pour toi ;

Viens ; je te donnerai des ailes : Tu t’envoleras avec moi ! « Bien souvent tu vois dans ton rêve Des rubis, des perles, des fleurs ;

Pour ne te laisser que des pleurs, Ce vain songe trop tôt s’achève. » Et l’ange souriait et lui tendait les bras ; L’enfant semblait dormir et ne répondait pas.

« Je ne veux pas que tu t’éveilles ; Blond chérubin, remonte aux cieux ; Tu retrouveras ces merveilles Dont le songe éblouit tes yeux.

« Viens ; tu courras dans les allées, Sur le sable d’un grand jardin ; Je te conduirai par la main Jusques aux voûtes étoilées. »

Et l’ange souriait et lui tendait les bras ; L’enfant semblait dormir et ne répondait pas. « N’entends-tu pas l’appel des anges ? Va jouer dans le firmament ;

Sors de la vie et de ses langes Dans les plis de mon vêtement ! « Tu verras des fleurs immortelles, Des diamants dans les ruisseaux,

Des fruits d’or, et de blancs oiseaux Qui laissent caresser leurs ailes ! » Et l’ange souriait et lui tendait les bras ; L’enfant semblait dormir et ne répondait pas.

« Oh ! que veux-tu que je te donne, Frère, si tu viens avec moi ? Prends les rayons de ma couronne : Ces fleurons divins sont à toi.

« Tu ne sais pas que la souffrance Ici-bas pourrait t’accabler ! Viens, suis-moi : je vais m’envoler… Pauvre ami, je suis l’Espérance ! »

Et l’ange souriait et lui tendait les bras ; L’enfant semblait dormir et ne répondait pas. « Quoi ? tu veux rester sur la terre, Tout seul, jouet de la douleur ?

Et le ciel t’offrait le bonheur !… Enfant, dans le ciel est ta mère ! » Et deux anges fuyaient, heureux, loin d’ici-bas ; Et l’enfant endormi ne se réveilla pas !

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