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1867

À UN POËTE DE COMBAT

Jean AICARD

Puisque la vérité sublime Vous embrase d’un saint désir Et vous pousse à combler l’abîme Que notre siècle doit franchir ;

Puisque le beau nom de justice Fait resplendir votre drapeau ; Puisque vous tenez pour le vice Les clous tout prêts et le marteau !

Puisque vous rêvez pour la ville La mort des préjugés railleurs ; Puisque le héros qu’on exile A lu votre amour dans vos pleurs ;

Puisque vous avez l’espérance D’admirer un nouveau soleil Qui ressuscite notre France, Ou l’illumine à son réveil ;

Acceptez mon salut de frère, Car je veux vous suivre au combat, Et porter aussi la bannière Qu’en vain la tyrannie abat.

Mes aînés, vous jouez un rôle Aussi grand que je suis petit, Mais sur la vôtre ma parole S’aiguise, et le temps me grandit.

Hier j’ai dit : salut ! au poëte Qui nous guide vers l’avenir, Et fait marcher à notre tête Sa pure gloire de martyr.

Aujourd’hui : salut ! aux apôtres Qui vont prêchant la liberté, Tombant les uns après les autres, Seuls prêtres de la charité !

Salut ! j’ai voulu vous connaître, Et vous dévoiler mon amour, Mes frères, car bientôt peut-être Je vais me lever à mon tour.

Oh ! puissé-je, dans la bataille Que j’engagerai dès demain, Grandir assez ma courte taille Pour presser vos mains dans ma main !

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