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1862

Daphné

Louise-Victorine ACKERMANN

Lorsque le dieu du jour, plein d’amoureuse audace, Dédaignant tout à coup l’Olympe et ses plaisirs, Sans char, la lyre en main, s’élançait sur la trace De la nymphe de ses désirs,

Celle-ci, jusqu’au bout insensible et rétive, Le laissa s’égarer en des sentiers ingrats ; Puis, quand il la saisit, la jeune fugitive Se change en laurier dans ses bras.

Un sort pareil attend ici-bas le génie : En l’Idéal qui fuit l’artiste a mis sa foi. Heureux qui voit de loin, dans l’arène infinie, Courir son rêve devant soi !

Car il faut, d’un élan qu’aucun refus n’arrête, Poursuivre aussi Daphné, quand ce serait en vain, Pour sentir à son tour s’agiter sur sa tête Les rameaux du laurier divin.

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Daphné · Louise-Victorine ACKERMANN · Poetry Cove